mardi 11 août 2015

Non, nos médias n'ont pas à accueillir toute la connerie du monde !

L'une des plus grandes tragédies d'Internet est sûrement d'avoir permis aux cons de se rendre anonymes.

Vous le savez, : les cons, ça ose tout et c'est à ça qu'on les reconnait. Mais grâce à l'anonymat d'Internet, les cons, ça ose encore plus... Par exemple, en postant
dans les commentaires en-dessous des articles de la presse des louanges illuminées de bêtise à des politiciens populistes qui vivent au-dessus de la masse ou en jouant les justiciers barakis autoproclamés. Pire et beaucoup plus inquiétant, en donnant à leur "racisme ordinaire" un écho atteignant une violence extraordinaire avec des appels aux meurtres à peine masqués.

Hélas, ça ne va pas en s'améliorant avec la foule de malheureux qui périssent en Méditerranée, fuyant des conflits sur lesquels la "presse libre" n'a pas cru bon de nous informer. Alors, dans de telles circonstances, et puisque, vacances oblige, on ne nous informe plus sur la couleur du dernier short de Michèle Martin et qu'on ne cherche pas à nous décortiquer davantage le Tax-Shit de Charlot*, les réfugiés sont devenus, très loin devant les autres, les premiers boucs-émissaires des cons qui se (dés)informent.

Au milieu de merdias complaisants qui voient là une occasion unique de gonfler le nombre de clics sur leurs pages et donc de rentrées publicitaires, la RTBF s'est fendu, cette fois, d'un post remarquable faisant suite au déchaînement de haine en dessous de son article, bien foutu mais au titre malheureusement racoleur : ""La Belgique face à un 'afflux massif de réfugiés'? La réponse en chiffres."


Voici donc le communiqué qui apparait aujourd'hui sur la page officielle de la chaîne publique : 

 

Je n'ai pas l'habitude de faire l'éloge de nos médias et là n'est pas le propos.  Il faut cependant avouer que ça fait du bien de lire autre chose que de la langue de bois face aux propos les plus immondes des cons anonymes. 

Espérons maintenant que d'autres leur emboîteront le pas sans qu'il faille, pour en arriver là, que ces mêmes médias pleurent des agressions xénophobes qu'ils auront eux-mêmes contribuer à légitimer.

Parce que non, nos médias n'ont pas à accueillir toute la connerie du monde ! Il y a plus de place et de surcroît, l'intelligence est en crise... 

Sinon, pour une conclure, un morceau écrit il y a quelques mois sur la situation des réfugiés : 



La Méditerranée devient une nouvelle mer rouge.
Ressentis amers mais il y a rien qui bouge !
Tous victimes d’une même haine, Moïse ou Moussa.
Abracadabra, cette fois l’eau ne s’ouvrira pas.  
Sur les rives, des miradors ont été érigés.
La ruée vers l’or, c’est vers l’Afrique qu’elle se fait.  
Fuck l’argent-roi,  chez lui sans aucun passeport !
Quand des gens se noient, l’Europe n’a aucun remord.

En France, Marine a remplacé Marianne sans peine.  
Dans ce dédale politique, qui trouvera le jardin d’Eden ?
Il faut encore s’indigner et garder la tête haute
Car un homme n’en vaudra jamais plus qu’un autre
Quand Bagbo s’fait renverser pour quelques gros pétroliers,
Quand Boko Haram massacre des dizaines d’écoliers,
Les mieux lotis d’entre nous, ils s’en contrefoutent
Le slogan de l’époque c’est coûte que coûte.

Eldorado
La crise a bon dos
Ils veulent des immigrés riches et bien formés
Ils auront la colère des prolétaires du monde entier

Voir derrière chaque basané un barbu en puissance,
Oublier que les réfugiés sont victimes de l’ignorance,
Haine de l’Islam, agressions passées sous silence,
Quand la banlieue crame, parler d’Daech est un non-sens !
Le peuple est dans la dèche, ici ou ailleurs
Qu’y-a-t-il de mal à vouloir un avenir meilleur ?
On dit que les blancs s’expatrient, que les autres immigrent
Les mots ne sont pas innocents, j’espère que tu piges !

La guerre menée au nom de la démocratie signifie :
S’allier au plus mauvais pion contre un dirigeant pourri.
Le monde tourne pas rond, y a des requins dans chaque coin,  
Course au pognon pour des porcs qui ont d’la coke plein l’groin !
J’représente les grands-pères morts au fond de la mine
Tous les pauvres hères résignés à leur sort et qui triment
J’serai pas comme tous ces larbins se rêvant bourgeois
A quoi bon rejeter la faute sur plus mal loti que soi ?

Eldorado
La crise a bon dos
Ils veulent des immigrés riches et bien formés
Ils auront la colère des prolétaires du monde entier


Eldorado
Cette fois, c’en est trop
Pense à tous les pays que l’Europe pille encore
Puis vois tous ces migrants livrés à leur sort

Crois-tu qu’on te vole un travail qui n’existe pas ?
Crois-tu vraiment qu’il faut être rebeu pour être une caillera ?
Y a tous ces crimes dont les médias ne parleront pas
Y a cet abime entre ce qu’on dit et ce qui se passe là-bas

Eldorado
La crise a bon dos
Ils veulent des immigrés riches et bien formés
Ils auront la colère des prolétaires du monde entier

Eldorado
Cette fois, c’en est trop
Pense à tous les pays que l’Europe pille encore
Puis vois tous ces migrants livrés à leur sort




* Si ça vous intéresse, j'ai fait une analyse là-dessus :  7 choses savoir sur le tax shit de Charles Michel

mercredi 5 août 2015

Naissance éventuelle du Mouvement M.E.R.D.E. à Mons





Tu es un citoyen montois honnête, un peu trop d’ailleurs.
Tu vis dans un quartier où, pendant des mois, des étudiants petits-bourgeois ont sorti leur poubelle n’importe quand, avec n’importe quoi dedans et surtout, devant ta porte.
Récemment, tu as reçu une sanction administrative, au nom de « La Charte du respect de l’Autre » parce que tu avais sorti tes poubelles au matin le jour de la collecte, même si Hygea l’autorise explicitement dans son règlement.
Là, tu as décidé de consacrer un jour de « congé » à vider tes deux beaux greniers remplis de mètres cubes de crasse. Tu sais que tu pourrais te contenter de mettre tout ça sur le trottoir devant chez toi et d’attendre que la ville ramasse gratuitement, comme le font les étudiants. Tu sais aussi que si un flic venait te menacer, t’aurais qu’à dire « c’est pas moi », que même si on te flanquait une amende de plus, ça tiendrait pas devant le conseil d’Etat vu qu’il n’y a pas ton nom dedans, contrairement à cette putain de caisse de carton propret sortie le matin du jour de la collecte.
Tu sais tout ça mais tu es honnête. Alors, tu as loué une remorque. Tu as payé. Cher. Tu as fait des démarches pour avoir une carte d’usager du parc à conteneurs. Chères. Beaucoup plus que dans toutes les autres communes où résident ta famille et tes amis. Après, pendant huit heures d’affilée, tu as trié bois, lattes de plastique, gravats et métaux. Tu as porté des sacs de cinquante kilos. Tu as rempli l’énorme remorque. La première fois, les agents du parc à conteneurs avaient déjà de grands yeux parce que ta remorque était pleine. La seconde fois, ils t’ont menacé, t’ont volé de ton précieux temps avec leurs discours incohérents d’imbéciles incompétents. C’est là que tu as compris que ton jour de congé serait sacrifié sans aboutir à l’objectif fixé. Que tout ne serait pas embarqué même si tu avais sué sang et eaux neuf heures durant.
Alors, tu as été en colère. Très en colère. Tu as pensé à quelque chose qui te faisait rire, dans un livre de l’excellent auteur Eric Dejaeger, La saga Maigros, qui parle d’un type abject et répugnant, d’une bêtise crasse, promu inspecteur principal à la police de Charleroi au nom des seules affinités de sa famille avec des élus locaux. Dans ce livre, il y avait une ligne qui t’avait énormément marqué. On y parlait de M.E.R.D.E., le Mouvement pour l’Egalité et le Renouveau d’une Démocratie Equitable. M.E.R.D.E, c’était une joyeuse bande d’activistes qui balançait du purin sur leurs cibles.
Tu te dis alors que dans cette putain de ville de Mons, ce serait génial que la blague se concrétise et voie le jour. Mieux ! Tu es convaincu qu’il faut que le dit « Mouvement M.E.R.D.E. », qui ne serait nullement un parti, présente une liste en 2018 aux prochaines élections communales pour permettre au moins à de nombreux citoyens de réaliser enfin l’un de leurs rêves : Voter M.E.R.D.E.
Tu vois déjà l’affiche, un simple pictogramme, représentant le traditionnel bonhomme qui jette un papier dans une poubelle. La différence ? Le papier en question serait un « Nœud papillon » ! Le slogan sous cette image serait simple : « Votez M.E.R.D.E., c’est respecter vos concitoyens. »
Tu as des scrupules. Tu sais que certains conseillers communaux de l’opposition essaient de changer les choses face à la loi d’airain de la majorité PS-MR, ce même couple infernal qui torture un grand nombre de communes de Wallonie.
Tu ne veux pas jouer le jeu de la division qui affaiblirait encore plus cette frêle résistance. Mais tu sais qu’elle n’a pas réussi à faire bouger les lignes dans la cité du Doudou. Alors, tu te dis que tu vas y réfléchir et tu demandes l’avis de ceux qui te suivent : Seriez-vous prêts à soutenir une liste M.E.R.DE. à Mons, une liste qui dénoncerait, avec humours et avec des valeurs progressistes, des problèmes sérieux que vivent tous les honnêtes citoyens montois ?
Le débat est lancé. Di Rupo, nous ne baisserons pas les armes.
Sur ce, après neuf nouvelles heures d’efforts vains, je me décapsule une de ces splendides « Guiness Spécial Export », bière au parfum de café  dont raffolent mes amis africains…



Le Crédo de Bruxelles



Les temps changent, les pouvoirs aussi. Mais ce sont toujours les dogmes qui gouvernent. Voici le Crédo de Bruxelles :



Je crois en une seule Economie, le Marché tout-puissant, créateur de l’emploi et des investissements, de toutes les offres et toutes les demandes.

Je crois en un seul Penseur, Adam Smith, l’unique théoricien du Marché, et en ses nombreux disciples qui incitent les riches à s’enrichir davantage pour porter l’Humanité.

Je crois en la Main Invisible, qui est Science et qui donne des profits ; elle procède du Marché et d’Adam Smith. Elle a parlé par les hommes politiques et par elle, tout a été fait.

Je crois en l'Entreprise, hiérarchisée, immorale et monopolistique.

J’impose tous les jours aux peuples un carême que je nomme Austérité.

J'attends la reprise de la Croissance et le jugement dernier des chômeurs.


Amen


lundi 3 août 2015

Ceci pourrait être le premier chapitre d'un quatrième roman éventuel




I



- Madame, je vais à présent vous demander de me répondre avec la plus grande attention. Chaque mot que vous prononcerez est susceptible de se retrouver dans notre rapport final.
Tout ceci a une importance capitale. Vous me comprenez, Madame ? 

Emma les fixe tous les trois, de son regard perçant rehaussé par la pâleur de son visage. Ses cheveux blonds cendrés en pagaille, son maquillage léger qui a coulé et ses vieux habits lui donnent un air d’enfant sauvage. L’homme qui lui parle, c’est le vieux, le sage de la bande. Plus de quatre-vingt ans au compteur. Un exemple à suivre : il bosse encore.
Guy Vandekasteel est médecin-expert. Sa moustache épaisse mais bien taillée et ses gros sourcils en accent circonflexe lui confèrent un air sérieux et comique à la fois. Mais c’est un type austère qui donne du Madame dès que l’occasion se présente, en détachant chaque syllabe. Il fixe Emma d’un œil  à la fois un peu sévère et un peu protecteur. Le docteur la prend pour une conne. 

Emma est loin d’être idiote mais elle n’est pas en état. Ni de remonter les torrents de sa mémoire, ni de mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Chaque réponse qu’elle leur donnerait ne saurait être qu’une grossière approximation ou pire un mensonge. Pourquoi personne parmi ces experts ne réalise que dans sa tête tout est flou ?

Emma vit dans le brouillard depuis qu’on a doublé sa dose de corticoleptiques, dernier médicament psychotrope en date aux effets surpuissants. Ce gavage, par contre, elle s’en souvient quand même plus nettement.

C’est arrivé il n’y a pas si longtemps. Elle n’était ni armée ni dangereuse, juste profondément malheureuse. Son bracelet électronique avait donné l’alerte après une nouvelle crise d’angoisse et, dans les cinq minutes qui suivirent, sa résidence protégée fut encerclée par cinq combis de flics. Ils étaient trois à lui tenir une jambe, deux à se saisir de chaque bras pendant qu’un médecin lui injectait des drogues dans les veines. Certains représentants de l’ordre riaient. Ils se sentaient forts, virils peut-être. Fils de pute !  

-     Voici donc ma question, reprend Vandekasteel. Ecoutez-moi bien et répondez avec précision. Quand avez-vous ressenti pour la dernière fois une envie de vivre ? Je ne parle pas d’une petite joie fugace ou d’un bref sursaut d’optimisme mais d’une journée où vous vous êtes levée avec le sourire. Dites-moi quand …

Emma tremble. Elle arrive à peine à placer les mots du médecin les uns à la suite des autres pour donner un sens à l’ensemble. En son for intérieur, elle pense presque être la conne qu’ils voient en elle. Pour que le calvaire qu’elle vit s’éclaircisse, il faudrait qu’on lui laisse du temps. Au moins une semaine pour qu’elle passe ses pensées au crible, qu’elle sache ce qu’elle retiendrait de positif et d’agréable si elle devait mettre ses souvenirs par écrit. Là, elle est toujours sous le choc. Elle n’a pas encore accepté qu’un papier formel et incompréhensible l’amène dans les méandres de couloirs où elle a fini par se perdre et qu’une de ces saletés de flic l’attrape par le collet, tel un animal échappé de sa cage, pour la livrer ensuite à la Salle du Conseil, impressionnant et tortueux tribunal. 

Vandekasteel s’impatiente :

-    Alors, dites-moi, Madame ! Cette dernière envie de vivre, c’était quand ? En 2046 quand les diables ont remporté le mondial ? En 2048 quand, avec votre seul graduat, vous avez, contrairement à tant d’autres, décroché un job ? Dites !

Emma scrute le regard du médecin, caché quelque part entre deux replis de peau et s’énerve brusquement, en se levant de son siège qu’elle renverse au passage :

-   Le travail, c’est de la merde, je ne veux plus jamais bosser de ma vie ! Et les diables rouges sont une bande d’abrutis qu’on surpaie pour courir comme des chiens après un ballon. Allez tous vous faire foutre et laissez-moi en paix avec vos questions de vieux bourgeois à la con ! 

Vandekasteel a un mouvement de recul. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle s’adresse à lui de cette manière-là. Le deuxième type du conseil qui se tient près de l’entrée de la salle s’approche de la jeune femme, gonfle le torse et croise les bras. Lui, c’est le représentant de la police fédérale. Il est ici pour analyser le risque encouru par la société pour chaque individu évalué. Au besoin, il enverra ses troupes à l’assaut si ça dégénère vraiment. Emma lui décocherait un bon coup de pied dans les couilles si elle n’avait pas ce maudit bracelet qui lui lance des décharges électriques à chaque écart de conduite.

A présent gagnée par un sentiment de totale impuissance, la jeune femme se tait, ramasse la chaise et s’effondre. Elle essaie les larmes. Ça ne marchera pas.

Le troisième type qui répond au nom de Vanopenblock demande la parole. Lui, c’est l’expert en chiffres. Discret depuis le début de la séance d’évaluation, il noircit page sur page et relève de temps à autres la tête pour qu’on admire son sourire narquois. Fils du ministre du même nom,  c’est sûrement le plus fourbe des trois. Il est là pour défendre la position du cabinet du bien-être et du redressement productif. On le dit de « tendance libérale » mais ce mot ne signifie plus rien. Comme tant d’autres.

-    Emma Julie Léonie Mazure. 23 ans, énonce-t-il. Numéro national 27.07.13.059-90. A étudié 18 années scolaires soit 3253 jours. A travaillé 13 jours dans sa vie dont 6 incomplets pour le compte de 7 employeurs différents.
A coûté environ 475 800 euros à la sécurité sociale jusqu’à aujourd’hui, d’après nos dernières études qui fixent le coup annuel de la scolarité. En a rapporté 340 d’après les impôts retenus à la source sur ses quelques journées actives. 
Aucune perspective de développement depuis l’échec du dernier traitement de sa dépression chronique, complexe et atypique dont le coût pour la sécurité sociale est évalué pour le moment à 15 000 euros. 

L’expert s’arrête, la bouche asséchée par tous ces chiffres. Il porte un verre d’eau à ses lèvres et soumet sa requête fatidique aux deux autres : 

- Pour les parties que je représente en ce conseil, la conclusion est simple. J’aimerais à présent connaître vos positions provisoires, cher Docteur et cher Inspecteur.   

Tous trois se retirent dans une loge à part, sans donner la moindre instruction à la jeune femme. C’est sans doute une mise à l’épreuve. Emma scrute l’horizon, au travers des grandes baies vitrées de la salle du conseil. Il est caché par des buildings. Elle rêvasse, s’imagine en train de fuir. Puis elle les voit la rattraper bien vite, lui administrer une nouvelle camisole chimique et enfin la jeter en cellule d’isolement. Elle comprend que sa situation serait encore pire qu’avant. Elle préférerait qu’on la laisse regagner sa résidence protégée, euphémisme utilisé pour décrire son trou à rat aseptisé. Emma voudrait tout oublier, se réveiller à nouveau morose, comme avant mais sans la crainte d’être le jouet d’expérimentations troubles. Alors, elle se tient sagement sur sa chaise, frémit à l’idée d’avoir été trop loin tout à l’heure, quand elle n’a pas pu réprimer sa colère. Elle n’est pas productive donc elle doit la fermer et s’estimer déjà bien heureuse qu’on lui accorde encore de l’attention. Voilà ce qu’ils pensent, ces trois-là reclus dans leur conciliabule interminable.

L’attente se prolonge. Une heure, deux heures. C’est insoutenable ! De quoi peuvent-ils bien parler ? Personne ne le saura jamais. Les bâtiments de l’administration du redressement productif  et du développement personnel sont des limbes, des lieux où l’on doit ramener à la vie normalisée des personnes en marge que le système tient pour mortes.
Une heure passe encore. La porte finit par s’ouvrir. Vandekasteel s’approche de la jeune femme, l’examine, lui dissèque d’un regard malsain le blanc de ses yeux, lui tâte les joues puis lui adresse un petit coup sec dans la rotule avec son poing de vieillard. Elle sursaute un peu. Le docteur décrète :

-Ça va, elle réagit encore. On peut augmenter la dose de corticoleptiques.

Emma a un mouvement de recul. Tout ça pour ça ? Trois heures pour décider de la droguer encore plus ? Non, ce n’est pas possible ! Vanopenblock enchaîne :

-Madame, nous avons pris une décision à votre sujet. Vous avez trop coûté à la société, la réalité des chiffres est implacable. Nous nous devons d’agir. Nous ne pouvons pour le moment en dire plus car la procédure n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Sachez par contre que notre position est quasi définitive. Il nous faut attendre l’avis du Conseil suprême de la déontologie médicale. Après, de nombreuses démarches resteront à accomplir. Cela va prendre longtemps, très longtemps. Toutes ces formalités risquent de vous plonger dans un état qui rendra votre autonomie encore plus difficile. Nous ne pouvons par contre plus vous prendre en charge financièrement dans une résidence protégée. C’est pourquoi nous avons ordonné la prolongation de votre minorité et votre placement.

Emma reste abasourdie. Que va-t-on lui imposer encore ? Savoir qu’ils ont pris une décision à son sujet sans l’en informer du contenu lui glace les sangs. Vanopenblock se frotte le menton comme pour le faire lustrer. Il paraît satisfait de lui.

- Monsieur l’inspecteur, vous pouvez disposer, annonce-t-il.

Le flic en chef passe des colsons autour des frêles poignets de la jeune femme, lui couvre la tête d’un sac et la tire au travers des couloirs à destination d’un combi de la police. 

Emma ne pourra voir à nouveau qu’une fois arrivée au point de départ : un domicile qu’elle avait fui il y a de ça trois ans.